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Juan Manuel Santos, favori renforcé de la présidentielle colombienne

Écrit par Latin Reporters
02.04.2010
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  • Juan Manuel Santos, futur successeur d'Alvaro Uribe. EITAN ABRAMOVICH/AFP/Getty Images(攝影: / 大紀元)

BOGOTA – La victoire de ses partisans et alliés de droite, qui continueront à dominer les deux chambres du Congrès (Parlement), fait du président conservateur Alvaro Uribe le vainqueur virtuel des élections législatives du 14 mars en Colombie. Son dauphin et ancien ministre de la Défense, Juan Manuel Santos, a renforcé sa position de favori de l'élection présidentielle du 30 mai, lors de laquelle Alvaro Uribe ne pourra pas briguer un troisième mandat.

Parallèlement s'estompent les espoirs d'alternative reposant sur la gauche militante incarnée par le Pôle Démocratique Alternatif (PDA). Son revers électoral a entraîné la démission de son président, le syndicaliste Jaime Dussan, incapable de renouveler son siège de sénateur.

Le candidat du PDA à l'élection présidentielle, Gustavo Petro, ancien de l'ex-guérilla urbaine M-19, avait dû reconnaître avant le scrutin que des candidats de son parti ont sollicité un appui du Venezuela voisin. Et alors que le président Uribe dénonçait la prétention d'un « gouvernement étranger » d'influer sur la prochaine élection présidentielle en Colombie, le quotidien colombien El Tiempo attribuait cette prétention au Venezuela en publiant, sans être démenti ni à Bogota ni à Caracas, des extraits d'un rapport qu'auraient rédigé les services de renseignement vénézuéliens.

Merci Hugo

En fait, l'un des atouts électoraux les plus efficaces de la droite colombienne est l'aversion quasi généralisée en Colombie contre le président vénézuélien Hugo Chavez, chef de file de la gauche radicale latino-américaine. Dans les sondages, parfois plus de 90 % des interrogés méprisent Hugo Chavez. Les Colombiens rejettent son discours jugé haineux et insultant, ses menaces de guerre, son concubinage avec la narco-guérilla marxiste des FARC (Forces Armées Révolutionnaires de Colombie) et son expansionnisme idéologique que Bogota soupçonne accompagné d'ambitions territoriales.

Les relations très tendues avec le Venezuela, qui se réarme massivement depuis plusieurs années, expliquent partiellement l'accord militaire américano-colombien du 30 octobre 2009. Il permet aux Etats-Unis l'utilisation d'au moins sept bases colombiennes. L'accord a envenimé davantage les relations bilatérales, le Venezuela boycottant depuis les produits colombiens. Dans une lettre à Barack Obama datée du 10 novembre 2009, Gustavo Petro avertissait le président des Etats-Unis qu'il dénoncerait l'accord militaire s'il était élu à la présidence de la Colombie. Mais le score du PDA aux législatives du 14 mars, à peine 7,6 % pour l'élection des sénateurs, éloigne pareille éventualité. Gustavo Petro risque l'élimination dès le premier tour de la présidentielle.

L'impossibilité pour la gauche, faute d'un nombre suffisant d'élus, d'une remise en question parlementaire de l'accord militaire du 30 octobre est une conséquence importante des élections législatives. Gare toutefois au parti informel des juges. La Cour constitutionnelle a accepté le recours d'un collectif d'avocats dénonçant l'illégalité supposée de l'accord. Jouissant d'une indépendance rare en Amérique latine, la même Cour constitutionnelle brisa net le 26 février dernier l'avenir présidentiel d'Alvaro Uribe, prohibant pour vices de forme et de fond le référendum qui devait l'autoriser à briguer un troisième mandat. L'acceptation immédiate de la sentence par Alvaro Uribe, pourtant en tête de tous les sondages de popularité, refléta une humilité démocratique le distinguant des autocrates qui ont soumis la justice dans divers pays de la région.

Bilan chiffré

Pour le renouvellement du Sénat colombien – significatif puisque, comme pour une élection présidentielle, l'ensemble du pays en est la circonscription électorale – les divers droite réunissent plus de 60 % des suffrages et des élus après dépouillement de plus de 90 % des bulletins de vote. Les résultats partiels, diffusés avec un retard inhabituel, de l'élection des 166 députés augurent aussi d'une prédominance des élus conservateurs à la Chambre. La participation électorale des 29,8 millions de Colombiens appelés aux urnes est de 44 %, en hausse par rapport au taux de 40 % enregistré aux législatives de 2006 (aux dernières législatives du Venezuela, le 4 décembre 2005, l'abstention a été de 75 %).

Au sein de la majorité de droite, toutes tendances confondues, la première place revient, avec 25,17 % des suffrages et 28 des 102 sénateurs, au Parti social d'Unité nationale, dit Parti de l'U. C'est la formation du président Uribe et de son dauphin favori de l'élection présidentielle, Juan Manuel Santos.

Allié au Parti de l'U lors de la législature sortante, le Parti Conservateur (20 % des voix et 22 sénateurs) est l'autre grande formation de la majorité conservatrice, dans laquelle on peut situer aussi le Parti de l'Intégration nationale (PIN; 8,14 % et 9 sénateurs), taxé de liens supposés et parfois apparents avec des personnalités poursuivies pour complicité avec des organisations paramilitaires. Le scandale dit de la parapolitique ne serait donc pas clos. Il avait mis le tiers du Parlement sortant à la disposition de la justice. Quant au parti Changement radical (7,98 % des voix, 8 sénateurs), on peut l'assimiler à une droite centriste, malgré son opposition précoce à un troisième mandat du président Alvaro Uribe.

La gauche de Gustavo Petro et de son PDA (7,6 %), les sociaux-démocrates du Parti libéral (15,8 %) et l'émergent Parti vert (4,7 %) ne totalisant ensemble que moins de 30 % des suffrages, rien en principe ne devrait s'opposer au maintien de la politique dite de sécurité démocratique menée avec succès par Alvaro Uribe pour acculer la guérilla des FARC sans restreindre les libertés fondamentales.

Unité à droite, mais...

Mais sans Uribe à la présidence du pays, l'uribisme et surtout l'unité uribiste se maintiendront-ils ? Les frictions, les nuances et les ambitions personnelles et partisanes précédant l'élection présidentielle du 30 mai dessinent déjà un panorama incertain.

L'unité de la droite est suspendue à la lutte au sein du Parti Conservateur entre l'ancien ministre des Affaires étrangères Noemi Sanin et l'ancien ministre de l'Agriculture Andrés Felipe Arias. Tous deux revendiquent de leur parti la candidature à l'élection présidentielle du 30 mai. Un vote populaire organisé simultanément aux élections législatives du 14 mars doit les départager, mais le dépouillement de ce vote tarde. Si Andrés Felipe Arias l'emporte, il renoncera probablement, croient les observateurs, à la candidature présidentielle, s'alliant à Juan Manuel Santos qu'il reconnaîtrait comme candidat unique de l'uribisme à la présidence du pays. Mais Noemi Sanin, actuellement légèrement en tête du scrutin interne, a annoncé qu'elle irait jusqu'au bout de son ambition.

Un duel des droites entre Noemi Sanin et Juan Manuel Santos n'est donc pas exclu tant au premier qu'au possible second tour de la présidentielle. Un corps à corps au second tour, fixé au 20 juin, obligerait tant l'une que l'autre à séduire des électeurs de gauche pour l'emporter. Parlerait-on alors encore d'uribisme ?

Plus de 204 720 362 personnes ont démissionné du PCC et de ses organisations.