Anglais | Chinois | Coréen | Français | Allemand | Espagnol | Japonais | Russe | Ukrainien | Hébreu | Roumain | Bulgare | Slovaque | Tchèque | Indonésien | Vietnamien
Faites un don

Le monde arabe à l’heure turque

Écrit par KADER A. ABDERRAHIM
25.10.2011
| A-/A+

  • Les leaders de l’opposition syrienne réunis à Istanbul. (攝影: / 大紀元)

C’est en Turquie que les représentants, en exil, de l’opposition syrienne sont allés s’unir au début du mois d’octobre. Laïques et islamistes, de gauche et de droite, tous courants politiques et religieux confondus, ils étaient tous là. Le choix d’Istanbul pour annoncer la formation du Conseil national syrien et leur nouvelle organisation commune, est aujourd’hui une destination moins compromettante politiquement qu’une capitale occidentale.

Nouveau centre de gravité

La Turquie fait rêver le monde arabe. Chaque jour un peu plus, elle fascine les peuples entrés en mouvement depuis la révolution tunisienne. Pour eux, elle est devenue motif d’espoir, voire d’exemple à suivre, non seulement parce que son taux de croissance a largement dépassé celui de la Chine au dernier semestre et que la Turquie, quinzième économie du monde, est l’une des plus dynamiques des puissances émergentes, mais aussi, et surtout, parce que ce succès économique se double d’un succès politique.

Gouvernée depuis près d’une décennie par un parti islamiste, l’AKP, qui est devenu majoritaire en se convertissant à la démocratie, la Turquie s’est stabilisée dans la prospérité. Elle a su marier traditions religieuses et modernité, islam et démocratie, islamisme et laïcité, et a rompu avec une longue histoire de coups d’État militaires à répétition. La nouvelle génération arabe, islamistes en tête, cherche moins à importer son modèle, qu’à s’en inspirer.

En Syrie, les Frères musulmans, membre du CNS, disent désormais aspirer à un « État civil, démocratique et moderne ». Les islamistes tunisiens se réclament officiellement de l’AKP et des pans entiers des mouvements islamistes, en Égypte, au Maroc, en Jordanie, en Syrie et en Libye, veulent participer à l’élaboration du concept théorisé à Istanbul de « démocratie musulmane ».

Émergence de la citoyenneté

Désormais les nouvelles élites islamistes sont des citoyens et elles envisagent leur rapport à la société sous un jour nouveau.

À l’heure où le printemps arabe fait des mouvements islamistes des forces politiques incontournables, c’est la meilleure nouvelle pour le Maghreb et le Proche-Orient. Cette conversion politique pourrait même garantir la stabilité régionale.

La jeune génération islamiste confirme ainsi sa rupture avec le terrorisme, pour la simple raison qu’il n’a rien apporté aux peuples arabes qui s’en sont détournés. Ce pragmatisme profite à la Turquie, autrement plus attrayante que le Pakistan, l’Iran ou l’Arabie Saoudite.

C’est une évolution si profonde, que les courants laïques et la gauche dans les pays arabes ont ouvert le dialogue avec les jeunes islamistes dès les premières manifestations de la place Tahrir au Caire.

Le très actif Premier ministre Recep Tayyip Erdogan se sent, aujourd’hui, tellement porté par l’ébullition arabe, qu’il ne faudrait pas qu’il cède à une fébrilité diplomatique.

La Turquie, forte du soutien des États-Unis qui espèrent s’appuyer sur elle pour stabiliser le Proche-Orient, sert avant tout ses intérêts et n’hésite plus à s’exonérer de ses alliés américains. À cet égard, il faut souligner qu’Ankara a pratiquement rompu les ponts avec Israël, hausse le ton avec l’Europe sur la question chypriote, et pourrait demain envisager une autre perspective que son adhésion à l’Union Européenne.

Doit-on comprendre qu’il s’agit des prémices d’un renversement d’alliance? Il est trop tôt pour le dire, mais les ingrédients sont bien là.

En ce début de XXIe siècle, c’est un parti islamiste, l’AKP, partisan d’un rapprochement avec le monde arabo-musulman qui élabore une nouvelle doctrine diplomatique, après s’être doté d’un nouveau corpus idéologique. Un évènement capital qui va modifier durablement les rapports de forces dans la région.  

Plus de 204 720 056 personnes ont démissionné du PCC et de ses organisations.