Le filtre britannique anti-porno déclenche un débat au Canada

Écrit par Matthew Little, Epoch Times
06.08.2013
  • Une fille navigue sur Internet. Faut-il censurer la pornographie à partir des fournisseurs d'accès Internet pour protéger les enfants? (Alain Jocard/AFP/Getty Images))

OTTAWA – Un filtre Internet anti-pornographie au Royaume-Uni recevant les éloges du premier ministre, David Cameron, a déclenché un débat au Canada au sujet du dilemme entre la censure et la protection des enfants contre les effets néfastes des contenus explicites.

La députée conservatrice Joy Smith souhaite la tenue de ce débat en raison de la prolifération de la pornographie et des effets à long terme sur les enfants. Mme Smith a publiquement appuyé l'initiative du premier ministre britannique d'imposer des filtres anti-pornographie chez les fournisseurs d'accès Internet (FAI) et sa prise de position lui attire à la fois louanges et critiques.

Mais au-delà des questions évidentes au sujet des dommages causés par la pornographie et du rôle du gouvernement dans la réglementation d'Internet, certains soulèvent des inquiétudes au sujet du rôle joué par la Chine dans de telles initiatives.

Le filtre applaudi par M. Cameron au Royaume-Uni est un produit de la firme Huawei, une compagnie chinoise ayant des liens avec l'armée chinoise et ayant soulevé des craintes d'espionnage aux États-Unis et ailleurs.

TalkTalk, un des principaux FAI au Royaume-Uni, utilise un filtre anti-pornographie contrôlé par Huawei, bien que le personnel du fournisseur puisse décider quels sites sont bloqués, selon la BBC.

Toute l'activité Internet des clients de TalkTalk passe à travers le filtre, bien que ceux qui ont désactivé les restrictions ne voient pas leur navigation affectée.

Joy Smith ne sait pas comment et qui pourrait gérer un tel filtre au Canada, mais elle espère le début de la conversation sur le sujet. Elle n'était pas prête à commenter spécifiquement le rôle que Huawei pourrait jouer dans un éventuel filtre canadien.

Mme Smith s'est dite surprise par les réactions polarisées quant à la proposition de demander aux FAI d'imposer un filtre anti-pornographie par défaut, mais que les clients peuvent choisir de contourner.

«Il y a des gens qui me soutiennent à 110 % et d'autres qui affirment avoir le droit de regarder de la pornographie, d'éduquer leurs propres enfants et qui ne veulent pas être censurés.»

Mme Smith rejette d'emblée l'argument de censure, affirmant que n'importe qui peut choisir de ne pas être soumis au filtre. Et alors que les critiques suggèrent que les parents peuvent installer des logiciels de filtrage sur les ordinateurs à la maison, Mme Smith affirme que cette option est limitée alors que les enfants ont accès à de nombreuses plateformes, ce qui rend difficile la couverture complète.

À ce jour, les perspectives de filtrer la pornographie ou d'autres contenus n'ont pas franchi les limites de la discussion. Malgré la controverse générée par les propos de Joy Smith, elle se dit satisfaite que les gens discutent de la question.

Mme Smith soutient son argument avec de nouvelles études qui démontrent que l'exposition à la pornographie peut avoir des effets à long terme sur les enfants et que la consommation de pornographie peut être un précurseur au harcèlement sexuel. Parmi les études, elle en cite une complétée en 2009 qui démontre que les garçons qui visionnent fréquemment de la porno sont plus favorables à la coercition sexuelle.

Selon elle le statu quo n'est pas une option, ajoutant que les gens se trompent s'ils croient que le contenu à caractère sexuel, qui peut être de nature violente, n'a pas d'effet sur les enfants.

«Nous devons entamer une conversation sur le sujet […] La réalité est que cela affecte vraiment les enfants.»

Les effets néfastes sur les enfants et la société doivent être comparés aux demandes d'accès illimité à la pornographie, affirme Mme Smith.

Opposition et appui

Joy Smith dit avoir rencontré «beaucoup de résistance» venant de l'industrie de la pornographie en raison des immenses sommes d'argent en jeu.

Les détracteurs de Mme Smith sont nombreux. Le magazine en ligne Vice a suggéré que le système de filtrage pourrait créer une liste de gens qui veulent consommer de la pornographie, ce que Joy Smith nie.

Les critiques les plus courantes abordent quant à elles la difficulté de bloquer avec succès les sites de pornographie. Certains comme Tom Copeland, président de l'Association canadienne des fournisseurs d'Internet, affirment que tout filtrer est impossible et que du contenu anodin va inévitablement être bloqué également.

Dans un reportage, le spécialiste du droit sur Internet Michael Geist suggère que lorsqu'un filtre anti-pornographie est établi, le gouvernement pourrait subir la pression de groupes d'intérêts qui veulent que d'autres contenus soient bloqués par défaut.

Cependant, Mme Smith a également des appuis, venant principalement des ONG impliquées dans la protection des enfants comme le Red Hood Project, qui œuvre à protéger les mineurs sur les réseaux sociaux.

L'implication de Huawei dans le débat est un étrange dénouement dans l'histoire de la censure d'Internet. À une époque, le régime chinois dépendait des compagnies étrangères pour l'aider à censurer Internet, une industrie questionnable documentée par l'auteur Ethan Gutmann dans son livre Losing the New China.

Même l'ancien géant des télécommunications canadien Nortel a participé à l'établissement du Big Brother en Chine pour surveiller ce que les internautes chinois consultent et pour filtrer le contenu sensible, comme les informations sur le massacre de la place Tiananmen.

Il n'est pas clair si David Cameron était au courant qu'il louangeait le filtre de Huawei, étant donné que la BBC a dévoilé après coup que TalkTalk utilisait de la technologie chinoise.

M. Cameron veut que les FAI au Royaume-Uni aient un filtre anti-pornographie par défaut que les usagers peuvent désactiver par un clic. Les FAI pourront choisir leur propre filtre et ne seront pas obligés d'utiliser celui de Huawei.

Avec l'annonce récente du premier ministre britannique, 90 % des connexions à haute vitesse du pays comprendront un filtre anti-pornographie en 2014, les principaux fournisseurs comme Virgin, Sky et BT ayant tous accepté.

Version originale : UK Porn Filter Spurs Debate in Canada