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Blindness - Rationalité aveugle

Écrit par Olivier Chartrand, La Grande Époque - Montréal
07.10.2008
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  • Mark Ruffalo et Julianne Moore(攝影: / 大紀元)

«Cette cécité n’est pas un réel aveuglement; c’est l’aveuglement de la rationalité. Nous sommes des êtres rationnels, mais nous n’agissons pas rationnellement», expliquait l’auteur portugais, José Saramago, alors qu’il venait de remporter le prix Nobel de littérature en 1998. Et c’est ce manque de rationalité des plus débridés que nous présente Fernando Meirelles (The Constant Gardener, City of God) dans son adaptation du roman éponyme de Saramago, Blindness, un diagnostic provoquant des zones sombres de l’humanité.

Le film ouvre avec les images d’une ville qui pourrait être n’importe quelle grande ville en Amérique du Nord. Un homme (Yusuke Iseya, Sukiyaki Western Django) devient subitement aveugle alors qu’il est au volant de sa voiture. En quelques jours, une épidémie privant les gens de la vue se répand comme une traînée de poudre. Un médecin (Mark Ruffalo, Zodiac, All The King’s Men) en est atteint et lorsque les autorités l’emmènent dans un ancien hospice désaffecté, sa femme (Julianne Moore, Far From Heaven, The Hours), immunisée contre la maladie, feint de ne plus voir pour suivre son mari. Le couple devra vivre dans une microsociété avec plusieurs autres personnes infectées. La femme du médecin devra assumer l’énorme responsabilité d’être la seule voyante au sein du groupe mis en quarantaine, lui conférant ainsi un pouvoir de vie ou de mort sur les autres.

A priori, Blindness est lourd et bouleversant. C’est un long métrage sombre auquel on assiste jusqu’à la fin non par plaisir, mais pour se prêter au jeu du réalisateur et pour comprendre où il veut nous emmener. Malgré que ce soit très chargé d’émotions et une expérience passablement inconfortable, c’est un film qui bouscule pour les bonnes raisons et qui pose des questions suscitant une réflexion des plus nécessaires sur la moralité humaine. C’est le constat choquant, mais combien vrai, que la majorité des gens laisse tomber leurs beaux principes une fois qu’ils ont l’impression de ne pas être vus.

Le film est structuré en trois actes. C’est surtout la partie à l’hospice qui dépeint les plus bas instincts de l’humanité. Malgré tout, le film montre un certain espoir dans la nature humaine avec une possibilité de reconquête de la dignité.

Meirelles fait appel à une caméra qui cherche un angle différent et très proche des acteurs. Elle prend parfois le rôle de quelqu’un qui épie, comme si elle personnifie le témoin de la situation, jetant ainsi le spectateur au sein du groupe en quarantaine. Ce qui ajoute à l’implication émotive du public.

Les acteurs livrent une performance sans artifice et ils n’en sont que plus troublants. Julianne Moore ne porte d’ailleurs qu’un maquillage très léger. Malgré ses 48 ans, cette belle d’Hollywood a, en outre, eu le courage de se présenter poitrine découverte dans une scène très chaleureuse et amicale alors qu’elle aide deux autres femmes non voyantes à prendre une douche. Meirelles (probablement ses origines brésiliennes ont quelque chose à voir là-dedans) a cette facilité de montrer le corps humain simplement, avec toute sa fragilité, sans que celui-ci devienne objet de désir comme on le voit fréquemment dans des films nord-américains.

Blindness est un film très dense qui bouscule et provoque une certaine prise de conscience. Si certains conçoivent le cinéma, et trop souvent à juste titre, comme l’industrie d’un divertissement inutile, le dernier film du réalisateur de City of God, qui a été en partie financé par des fonds canadiens, justifie que l’on continue à soutenir les productions cinématographiques de qualité. 

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