Couvreurs, charpentiers… une pénurie de main-d’œuvre qualifiée pour reconstruire Notre-Dame

17 avril 2019 16:23 Mis à jour: 18 avril 2019 15:52

Les professionnels du bâtiment et du patrimoine espèrent que le prestige de Notre-Dame permettra de relancer l’intérêt des jeunes vers des métiers en pénurie comme couvreurs ou charpentiers, qui seront indispensables au chantier de reconstruction de la cathédrale.

À l’issue du Conseil des ministres de ce « chantier de notre génération », Édouard Philippe a souhaité que la filière française des métiers d’art soit le « bras armé » de cette reconstruction.

Couvreurs, charpentiers, tailleurs de pierre, maîtres verriers, ébénistes, doreurs… Les besoins seront variés et dépendront fortement du type de reconstruction retenu. « Mais en tout état de cause ils seront énormes », selon le secrétaire général des Compagnons du devoir Jean-Claude Bellanger.

Pour en discuter, six responsables de la filière du bâtiment et de l’apprentissage seront réunis jeudi matin au ministère du Travail avec les ministres Muriel Pénicaud (Travail), Jean-Michel Blanquer (Education nationale) et Franck Riester (Culture).

Selon M. Bellanger, il s’agit « de travailler sur les besoins de formation du chantier de manière à pouvoir lancer une campagne de communication autour des métiers ».

Car si tous sont d’accord pour dire « qu’il n’y a pas de soucis de compétences dans notre pays dans tous ces corps de métiers » selon François Asselin (CPME), tous pointent également le manque de main-d’oeuvre et surtout le peu d’engouement des jeunes pour ces spécialités.

Dans une tribune publiée il y a quelques mois dans Le Monde, le Groupement des entreprises de restauration des monuments historiques (GMH) avait dressé un constat alarmant, estimant que « la désaffection des jeunes met en danger l’ensemble de la filière patrimoniale ».

« Établissements de formation désertés, entreprises en quête de salariés, savoir-faire en voie de disparition »… Les deux coprésidents de ce groupement de quelque 200 entreprises spécialisées, qui emploient environ 9.000 « compagnons », mettaient en avant plusieurs carences.

« On ne trouve plus de ferronniers, de couvreurs, ni de plâtriers (…). La transmission intergénérationnelle n’est plus assurée », avertissaient-ils, alors que « les techniques sont en constante évolution » avec le numérique. Sans parler de l’amélioration des conditions de travail depuis le temps des « bâtisseurs de cathédrales ».

Les métiers manuels sont peu valorisés et attirent peu

Au-delà de la restauration du patrimoine, le bâtiment d’une manière générale fait partie des secteurs les plus en difficulté de recrutement. Couvreurs et charpentiers font partie des cinq métiers en France pour lesquels il est le plus difficile de recruter, selon la dernière enquête annuelle de Pôle emploi sur les intentions d’embauche des entreprises.

« Les métiers manuels sont peu valorisés et attirent peu », déplore M. Bellanger.

Si les Compagnons du devoir forment chaque année, au terme d’un parcours d’apprentissage de six ans, « environ 1.000 charpentiers, 700 couvreurs et 450 tailleurs de pierre », il faudrait selon lui pour Notre-Dame recruter dès septembre « 100 apprentis tailleurs de pierre, 150 charpentiers et 200 couvreurs supplémentaires » .

M. Bellanger mise pour cela sur la vaste réforme de l’apprentissage votée l’an dernier, qui permet aux centres de formations d’apprentis (CFA) d’ouvrir de nouvelles sections, sans autorisation préalable des régions.

Mais il faudra plusieurs années pour former un apprenti capable de travailler sur des chantiers « monuments historiques » alors qu’Emmanuel Macron a souhaité que l’édifice soit reconstruit en seulement cinq ans.

Patrick Liébus, président de la Confédération de l’artisanat et des petites entreprises du bâtiment (Capeb), plaide de son côté pour que Notre-Dame soit « un chantier école, avec des démonstrations de métiers ».

« Notre-Dame, cela peut faire un déclic pour un jeune. C’est la fierté de travailler sur ces monuments! C’est pas Monsieur bricolage qui peut faire cela! », juge-t-il.

Lui-même, ardoisier de profession, qui a refait plusieurs clochers dans sa carrière, a vu des vocations se déclencher. « J’ai eu un apprenti suite à une visite de chantier, il est devenu chef d’entreprise », témoigne-t-il.

Gilbert Margueritte, de l’association Bloc pour les métiers de la pierre, espère lui « que dans quelques années ce mauvais souvenir laissera place à de nouvelles générations qui auront été formées sur ce chantier et auront à cœur de transmettre à leur tour l’esprit qui règne dans ce lieu puissant ».

Epochtimes.fr avec AFP

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