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Documents du laboratoire de Winnipeg – Pourquoi autant de temps et que cela révèle-t-il ?

mai 21, 2023 13:15, Last Updated: mai 21, 2023 13:15
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Le public aura-t-il enfin plus de détails sur les mystérieux licenciements des scientifiques sino-canadiens jadis à l’emploi du principal laboratoire de biosécurité au pays ?

Le gouvernement libéral a annoncé le 17 mai qu’un comité ad hoc de députés sélectionnés pourra examiner les documents relatifs à cette affaire, et qu’un groupe d’arbitres composé de trois anciens juges décidera de ce qui pourra être rendu public.

Jusqu’à présent, le gouvernement a refusé de révéler des détails sur les scientifiques Qiu Xiangguo et Cheng Keding, qui ont été escortés hors du Laboratoire national de microbiologie (LNM) de Winnipeg en 2019 dans le cadre d’une enquête policière, puis licenciés en janvier 2021.

Ce nouveau développement intervient après une longue bataille dans laquelle le gouvernement libéral a intenté une action en justice, au cours de la précédente législature, contre le président de la Chambre des communes, le député libéral Anthony Rota, afin d’empêcher la divulgation de documents. L’affaire a été abandonnée lors de la dissolution du Parlement.

Après avoir obtenu un nouveau gouvernement minoritaire à l’automne 2021, les libéraux ont proposé une solution pour permettre l’accès aux documents, mais les partis d’opposition n’y étaient pas favorables au départ.

Les conservateurs, dirigés par Erin O’Toole lors de la législature précédente, étaient fermement opposés à l’idée de ne fournir les documents qu’au Comité parlementaire de la sécurité nationale et du renseignement (CPSNR), qui rend compte au Premier ministre et non à la Chambre. Ils ont également refusé la nouvelle proposition d’un comité ad hoc, estimant que le gouvernement essayait d’éviter de rendre des comptes au Parlement.

Le Bloc Québécois a mis en doute la « bonne foi » du gouvernement dans son offre, en raison de plusieurs tentatives antérieures d’obstruction à la production de documents.

« Pendant huit mois, le gouvernement a refusé de remettre des documents sur ce qui aurait pu être de l’espionnage pour le compte de la Chine », a déclaré la députée bloquiste Christine Normandin en décembre 2021.

« Maintenant, il a cédé et offre de remettre les documents aux partis d’opposition, mais seulement dans des conditions étroitement contrôlées. Le leader parlementaire du gouvernement affirme qu’il s’agit d’un effort de bonne foi. Cela signifie-t-il qu’il a agi de mauvaise foi pendant huit mois ? »

La commission Canada-Chine de la Chambre des communes avait demandé ces documents sans succès. Iain Stewart, alors président de l’Agence de santé publique du Canada, a été réprimandé par le président de la Chambre des communes pour son manque de transparence.

Le 17 mai, le leader du gouvernement Mark Holland a déclaré à la presse que la commission ad hoc pouvait désormais commencer ses travaux après que les membres et les arbitres aient été sélectionnés à l’issue d’un long processus.

« Le premier problème était que nous n’avions qu’un seul partenaire au départ, le NPD, et que nous étions prêts à aller de l’avant. Ensuite, le Bloc a indiqué qu’il souhaitait participer, puis les conservateurs », a-t-il déclaré.

Les députés participants ont dû être identifiés par leur parti et obtenir une habilitation de sécurité pour être autorisés à examiner les documents.

Il s’agit de la libérale Iqra Khalid, du conservateur John Williamson, du bloquiste René Villemure et de la néo-démocrate Heather McPherson.

Les anciens magistrats qui siégeront en tant qu’arbitres sont les anciens juges de la Cour suprême Ian Binnie et Marshall Rothstein, ainsi que l’ancienne juge de la Cour d’appel fédérale Eleanor Dawson.

Coopération avec la Chine

Le gouvernement libéral s’est battu bec et ongles pour empêcher la divulgation d’informations sur les circonstances du licenciement de Qiu Xiangguo et Cheng Keding, un couple marié, en invoquant des questions de sécurité nationale et de protection de la vie privée.

Bien que les deux scientifiques aient été escortés hors du laboratoire de Winnipeg par la GRC en 2019, ils n’ont jamais été accusés d’un quelconque acte répréhensible, bien qu’ils fassent l’objet d’une enquête policière. Ils se sont réinstallés en Chine après leur licenciement, a rapporté le Globe and Mail en juin 2021.

Le Globe a également indiqué que la GRC enquêtait sur les scientifiques pour déterminer s’ils avaient transmis la propriété intellectuelle canadienne au régime chinois et à son Institut de virologie de Wuhan (WIV).

Wuhan est l’épicentre de la pandémie de SRAS-CoV-2 et des agences américaines telles que le FBI ont estimé que le virus s’était probablement échappé d’un laboratoire de Wuhan. Le SARS-CoV-2 est le virus qui cause le COVID-19.

Qiu Xiangguo est connu pour avoir envoyé des échantillons des virus Ebola et Henipah au WIV en mars 2019, mais ces transferts avaient été approuvés par la direction du laboratoire.

La direction du laboratoire avait déclaré avoir reçu l’assurance qu’aucune recherche sur le gain de fonction n’aurait lieu au WIV avant d’envoyer les échantillons.

Epoch Times a rapporté précédemment qu’il existe des preuves que le WIV a entrepris des recherches en biologie synthétique sur le virus Henipah, en violation des accords internationaux. La biologie synthétique consiste à remodeler des entités et des systèmes biologiques, comme par exemple la recherche sur le gain de fonction, qui rend les agents pathogènes plus mortels ou plus transmissibles.

Le laboratoire de Winnipeg a également fait l’objet d’une enquête en 2018, mais aucun détail n’a été fourni.

En mars 2021, Iain Stewart, alors président de l’ASPC, a déclaré au comité Canada-Chine que son agence avait entamé des processus d’examen en 2018 pour le laboratoire de Winnipeg concernant d’éventuelles violations de la sécurité.

M. Stewart n’a pas voulu fournir de contexte supplémentaire lorsque les députés l’ont pressé en commission.

« Il s’agit d’une question dont nous avons déjà discuté par le passé, et je ne suis pas en mesure d’y répondre », a-t-il déclaré en juin 2021.

Mais ce qui a conduit au renvoi des scientifiques pourrait être une recommandation du Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) de leur retirer leur habilitation de sécurité.

Selon le Globe, le SCRS s’inquiétait de la transmission de la propriété intellectuelle à la Chine et des contacts de Mme Qiu avec ce pays.

Mme Qiu a déjà effectué des travaux de recherche avec le général de division chinois Chen Wei, grand spécialiste des armes biologiques à l’Académie des sciences militaires de Chine. Elle a également collaboré avec un autre scientifique militaire chinois, Yan Feihu, qui a travaillé au laboratoire de Winnipeg pendant un certain temps, selon le Globe.

Actions internationales

Les députés autorisés pourront en apprendre davantage sur les liens que le couple entretenait avec des personnalités du gouvernement chinois, sur les détails des transferts d’informations et de virus, ainsi que sur les enquêtes de sécurité qui ont été lancées.

Une partie des informations pourrait également provenir de partenaires étrangers, qui ont soit alerté les autorités canadiennes, soit été tenus au courant des problèmes de sécurité au laboratoire de Winnipeg.

Lorsqu’il a présenté son plan pour la première fois en 2021, M. Holland a indiqué que ces informations relevaient de la sécurité nationale et qu’elles auraient nui à la réputation du Canada auprès de ses partenaires internationaux en matière de sécurité.

Le comité ad hoc entamera ses travaux dans un contexte de multiples controverses qui secouent le gouvernement fédéral au sujet de l’ingérence et de l’espionnage du régime chinois au Canada.

Le gouvernement libéral affirme avoir adopté une position ferme face à la menace, en mettant en place divers mécanismes, mais les partis d’opposition se demandent si les libéraux n’ont pas ignoré les avertissements concernant les activités d’ingérence de Pékin sur la base de fuites dans les médias relatives à la sécurité nationale.

Le comité ad hoc pourrait faire la lumière sur une éventuelle attitude laxiste en matière de sécurité dans le principal laboratoire de biosécurité du Canada, qui a conduit à une coopération avec des entités chinoises liées à des programmes militaires.

La Presse Canadienne a contribué à cet article.

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