Le ministre de la Justice Gérald Darmanin demande, dans une circulaire révélée samedi 22 mars, à repérer les détenus étrangers « éligibles » à une expulsion du territoire français afin qu’ils terminent leur peine dans leur pays d’origine. L’objectif est de lutter contre la surpopulation carcérale. Mais pour les magistrats, cette circulaire s’apparente davantage à un coup de communication.
Après avoir découvert la circulaire du ministre de la Justice, le syndicat de la magistrature s’en est vivement indigné. Le garde des Sceaux souhaite en effet « actionner l’essentiel des leviers » pour désengorger les prisons françaises et vise l’expulsion des détenus étrangers, comme il l’a indiqué dans un entretien accordé au JDD. Cela concernerait plus 19.000 détenus étrangers, prévenus et condamnés confondus, « soit 24,5% de la population carcérale ».
Ce n’est pas la « priorité majeure »
Justine Probst, secrétaire nationale du syndicat de la magistrature, a réagi à cette circulaire au micro de BFMTV. « Ce qui nous indigne, c’est que la seule variable d’ajustement qu’il semble avoir trouvé, ce sont les personnes qu’il nomme étrangères, et ça ne va pas beaucoup plus loin », a-t-elle souligné auprès de nos confrères ce dimanche. Elle a précisé que pour résoudre le problème de la surpopulation carcérale, de nombreuses solutions avaient été proposées, ajoutant : « Et il y en a énormément d’autres et on ne pense pas que ce soit en se focalisant sur une certaine partie de la population qu’on puisse sereinement résoudre ce problème. »
Expulsion de détenus étrangers: pour Justine Probst (Syndicat de la Magistrature), « la priorité majeure n’est pas ce que propose Gérald Darmanin » pic.twitter.com/jK0YgsZIVK
— BFMTV (@BFMTV) March 23, 2025
Justine Probst a également mentionné qu’aujourd’hui, la « priorité majeure » dans les prisons, « ce n’est pas du tout ce que propose monsieur le ministre ». Selon elle, c’est un « faux problème », un « prétexte » qui est utilisé « pour reparler de personnes étrangères » et « dévier le débat ». Elle pense d’ailleurs que la réelle volonté de Gérald Darmanin est d’« avoir sa place dans les médias », et non pas de « résoudre le problème de la surpopulation carcérale ». Parmi les méthodes de régulation carcérale déjà envisageables, « beaucoup de choses pourraient être mises en place » et « ne le sont pas », a-t-elle encore déploré, regrettant que ces mécanismes, qui toucheraient « tous les détenus », ne sont « pas proposés aujourd’hui par monsieur Darmanin ».
En dehors de l’Union européenne, les détenus doivent donner leur consentement
Sur RMC ce lundi matin, le directeur général de l’office français de l’immigration et de l’intégration Didier Leschi s’est lui aussi exprimé sur cette circulaire du ministre de la Justice. « On a un peu plus de 8000 détenus condamnés qui viennent du continent africain et là, il va falloir vérifier qu’il y a bien un laissez-passer consulaire qui est disponible pour ceux qui pourraient bénéficier de cette mesure », a-t-il pointé.
🔴 Gérald Darmanin appelle dans une circulaire à repérer les détenus étrangers expulsables
🎙️ « On va devoir vérifier les laissez-passer consulaires », explique Didier Leschi, directeur général de l’office français de l’immigration et de l’intégration#ApollineMatin pic.twitter.com/Otg0E5j5Jp
— Apolline Matin (@ApollineMatin) March 24, 2025
En effet, concernant les détenus en dehors de l’Union européenne, leur consentement est nécessaire pour qu’ils puissent purger leur peine dans leur pays d’origine, rappelle RMC. Il serait donc nécessaire d’ajuster les règles en négociant des accords avec chacun des États concernés, une tâche qui s’avère particulièrement difficile compte tenu des tensions diplomatiques entre la France et certains de ces pays. Didier Leschi a assuré qu’en revanche, le dispositif entre pays de l’Union européenne « ne demande pas l’autorisation du détenu pour être transféré dans son pays d’origine ». En contrepartie, la France doit reprendre ses propres ressortissants, précisent nos confrères.
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