GPA : « On ne montre pas les côtés sombres, les Français ne sont pas au courant de ce qui se passe vraiment » – Olivia Maurel
Née aux États-Unis au début des années 90 d’une mère porteuse, Olivia Maurel est issue de la première génération de Gestation pour autrui (GPA).
Une pratique dans le cadre de laquelle une femme porte un enfant pour le compte d’un couple ou d’une personne seule, puis le leur abandonne à la naissance, généralement en échange d’une somme d’argent.
Elle publie le livre Où es-tu maman ? aux éditions du Rocher. Un ouvrage dans lequel Olivia Maurel témoigne des traumatismes liés aux conditions de sa naissance et où elle évoque les nombreuses questions éthiques que soulève la GPA.
Convaincue depuis sa plus tendre enfance que sa mère n’est pas sa mère véritable, Olivia Maurel finit par découvrir à l’âge de trente ans qu’elle a été conçue dans le cadre d’une GPA.
« Je ne savais pas qui j’étais, je ne savais pas d’où je venais, je voyais qu’il y avait quelque chose », explique-t-elle.
« J’étais tiraillée constamment, ce qui fait que j’ai eu une adolescence complètement chaotique, catastrophique, qui m’a menée à l’alcool, à la drogue », ajoute la jeune femme, qui a longtemps été marquée par le syndrome de l’abandon et un profond sentiment d’insécurité.
Des dizaines de milliers de dollars pour acheter un enfant
Après avoir retrouvé sa mère biologique, Olivia Maurel décide de mettre en lumière l’industrie de la GPA et ses travers.
« Les médias façonnent l’esprit des Français en leur présentant la GPA comme quelque chose de merveilleux, sans jamais questionner le point de vue éthique du sujet, ni la manière dont la GPA peut affecter et nuire à l’enfant plus tard, dans son adolescence et à l’âge adulte. Sans oublier le calvaire des mères porteuses », souligne la jeune femme.
« Il s’agit d’une marchandisation de l’enfant, d’un produit qui est donné, vendu, à la naissance. Nous mettons une étiquette de prix sur un être humain », ajoute-t-elle.
Un prix qui peut par exemple aller de 110 000 à 250 000 dollars en Californie, une fois tous les intervenants rémunérés.
« L’agence qui a organisé la “rencontre” entre la mère porteuse et les futurs parents engrange entre 20 000 et 50 000 dollars. La clinique prélève entre 40 000 et 80 000 dollars de frais médicaux. Les avocats, chargés de rédiger le contrat entre les différentes parties, gagnent de 10 000 à 30 000 dollars. Et la mère porteuse reçoit entre 30 000 et 50 000 dollars en moyenne. »
Des techniques marketing agressives
Olivia Maurel souligne que « la commercialisation de la GPA fait appel à des techniques marketing offensives qui promeuvent des offres toujours plus sophistiquées et transgressives ».
Elle explique que les agences et les cliniques rivalisent d’ingéniosité pour promouvoir leurs offres et prend l’exemple de la clinique BioTexCom en Ukraine, qui n’a pas hésité à publier une offre promotionnelle proposant « entre 1200 et 1500 euros de réduction pour un enfant né d’une mère porteuse ukrainienne » il y a quelques années, à l’occasion du « Black Friday ».
L’agence Gestlife propose quant à elle « de relancer gratuitement la procédure de GPA en cas de décès de l’enfant dans les deux ans ».
Un marché de plusieurs milliards de dollars
La jeune femme explique également que « la GPA offre la possibilité pour les futurs parents de sélectionner des critères génétiques spécifiques pour leur enfant à naître, une pratique qui rappelle dangereusement les méthodes eugénistes du passé. »
« Le choix de la mère porteuse et des donneurs de gamètes se fait à partir de leurs fiches d’identité disponibles sur les sites Internet des agences. Elles détaillent leur âge, leur état de santé physique et psychique, leurs antécédents de grossesse ainsi que leur situation familiale et financière. »
« Nous trouvons aussi des informations concernant leur taille, leur poids, leur race, la couleur de leur peau, la couleur de leurs yeux, la couleur de leurs cheveux, leur IMC, le métier qu’elles exercent », poursuit Olivia Maurel.
Alors que le marché de la GPA est « évalué à 14 milliards de dollars » dans le monde et qu’il « devrait atteindre 100 milliards en 2032 », Olivia Maurel estime qu’il est urgent de mettre un terme à une pratique qu’elle considère comme « une nouvelle traite d’être humains » et qui « viole la dignité de la femme et l’intérêt supérieur de l’enfant ».
« Il faut accepter de voir la GPA pour ce qu’elle est : la chosification du corps des femmes, la privation de liberté des mères porteuses et la falsification de leur consentement, mais aussi des grossesses à risques, l’achat d’un enfant par contrat, transformant celui-ci en un objet de consommation, alors même que cela est interdit par nos lois et les conventions internationales », conclut la jeune femme.