L’ablation des ovaires majore le risque d’insuffisance cardiaque

Les femmes qui subissent une ablation des deux ovaires avant la ménopause naturelle peuvent être confrontées à un risque d'insuffisance cardiaque 50 % plus élevé

Par George Citroner
30 mars 2025 20:12 Mis à jour: 31 mars 2025 23:02

Selon une nouvelle étude, les femmes en âge de procréer qui subissent une intervention chirurgicale visant à retirer leurs deux ovaires – connue sous le nom d’ovariectomie bilatérale – peuvent être confrontées à un risque plus élevé de développer une insuffisance cardiaque plus tard dans leur vie.

Par rapport aux femmes de la population générale qui conservent leurs ovaires, celles qui ont subi une ovariectomie bilatérale courent un risque 1,5 fois plus élevé de développer une insuffisance cardiaque après ajustement en fonction de la race, de l’âge, du sexe, du diabète, du tabagisme et de l’hypercholestérolémie.

Cependant, les femmes blanches et celles qui ont subi une ablation des ovaires à un plus jeune âge présentent un risque d’insuffisance cardiaque encore plus élevé, multiplié par deux. On estime qu’il s’agit d’une augmentation de 6 % du risque absolu.

Les chercheurs n’ont pas indiqué le risque absolu de développer une insuffisance cardiaque à la suite d’une ablation des ovaires, mais aux États-Unis, l’insuffisance cardiaque touche plus de 2,6 millions de femmes, soit environ 1 % de la population.

En France, la prévalence estimée de l’insuffisance cardiaque est de 1,5 % chez les femmes. Elle augmente avec l’âge avec 17,5 % des femmes âgés de 85 ans et plus.

Les résultats de l’étude montrent un lien évident

La nouvelle étude, qui sera présentée lors de la session scientifique annuelle de l’American College of Cardiology (ACC.25), révèle que cette procédure, qui interrompt soudainement la production d’œstrogènes et d’autres hormones, entraîne une ménopause précoce et comporte des risques cardiovasculaires importants.

« Nous savons que les hormones sexuelles, y compris les niveaux d’œstrogène et de progestérone, jouent un rôle crucial dans le risque cardiovasculaire », a déclaré dans un communiqué le Dr Narathorn Kulthamrongsri, résident en première année de médecine interne à l’université d’Hawaï et auteur de l’étude.

« Notre étude montre qu’il existe un lien entre l’ablation des deux ovaires et le développement futur d’une insuffisance cardiaque, en particulier », a-t-il noté. « Nous pensons que cela peut être dû à une ménopause précoce. »

Avant la ménopause, les œstrogènes, produits par les ovaires, jouent un rôle crucial dans le maintien d’un taux de cholestérol sain, la promotion de la dilatation des vaisseaux sanguins et l’amélioration de la circulation sanguine, qui contribuent tous à réduire le risque de maladies cardiovasculaires.

Le Dr Kulthamrongsri et son équipe ont analysé les données de près de 7000 femmes entre 2017 et 2023. Parmi ces participantes, les femmes ayant subi une ovariectomie à un âge moyen de 43,6 ans ont généralement reçu un diagnostic d’insuffisance cardiaque avant ou à leur 57e année. Comme il s’agissait d’une étude d’observation, il n’y avait pas de groupe témoin.

Les résultats ont révélé que les femmes ayant subi une ablation des deux ovaires couraient un risque d’insuffisance cardiaque 50 % plus élevé que celles qui avaient conservé leurs ovaires. Cette constatation est restée vraie même après que les chercheurs ont pris en compte des facteurs comme la race, l’âge, le diabète, le tabagisme et l’hypercholestérolémie.

Les femmes blanches et celles qui ont subi une ablation des ovaires à un plus jeune âge couraient un risque encore plus grand : la probabilité d’une insuffisance cardiaque était multipliée par deux.

« L’âge auquel une femme subit une ablation des ovaires semble avoir un impact sur le risque d’insuffisance cardiaque », a déclaré le Dr Kulthamrongsri. « Nous avons constaté que le développement d’une insuffisance cardiaque survient environ 0,6 an plus tard à mesure que l’âge auquel une femme subit une ablation des ovaires augmente d’un an. »

Pourquoi l’ovariectomie bilatérale est-elle pratiquée ?

L’ablation des deux ovaires peut s’avérer nécessaire pour un certain nombre de raisons, notamment les cancers et les affections précancéreuses des organes reproducteurs, a expliqué à Epoch Times le Dr Greg Marchand, spécialiste en gynécologie-obstétrique et en chirurgie gynécologique mini-invasive.

Il a ajouté que cette procédure est également considérée comme un « traitement définitif » de l’endométriose, une affection douloureuse dans laquelle le tissu qui devrait se trouver à l’intérieur de l’utérus se développe à l’extérieur de celui-ci, et qui est généralement pratiquée avec une hystérectomie en dernier recours pour soulager la douleur sévère résultant généralement des symptômes de la ménopause comme les bouffées de chaleur et les sueurs nocturnes.

Les chercheurs n’ont pas précisé si l’une des femmes avait suivi un traitement hormonal.

Disparités raciales et effets à long terme sur la santé

L’étude a également révélé des différences raciales « surprenantes », selon le Dr Kulthamrongsri. De manière inattendue, les femmes noires n’ont pas de plus mauvais résultats en matière d’insuffisance cardiaque après une ménopause chirurgicale précoce. Normalement, elles présentent des risques d’insuffisance cardiaque plus élevés en raison d’éléments comme l’hypertension artérielle et le diabète.

Les femmes blanches, dont l’insuffisance cardiaque est généralement due à des artères obstruées et à des problèmes de mode de vie, pourraient être plus affectées par les changements hormonaux liés à la ménopause chirurgicale. Cela suggère que la façon dont l’insuffisance cardiaque commence – après une ménopause chirurgicale précoce – pourrait être différente et davantage liée aux changements hormonaux qu’aux facteurs de risque habituels, a noté le Dr Kulthamrongsri.

Bien que la recherche se soit appuyée sur des données autodéclarées et n’ait pas pu établir un délai spécifique pour l’insuffisance cardiaque après l’ovariectomie, le Dr Kulthamrongsri a souligné qu’elle contribue à une reconnaissance croissante des conséquences cardiovasculaires potentielles à long terme de la ménopause précoce induite par la chirurgie.

« Les femmes doivent faire ce qui est médicalement nécessaire en termes d’ovariectomie, mais nos résultats suggèrent qu’elles devraient avoir une discussion éclairée avec leur équipe de soins de santé sur la façon de surveiller leur santé cardiovasculaire », a-t-il déclaré.

L’étude indique que la ménopause chirurgicale précoce peut avoir des effets durables sur la santé cardiaque, notamment en ce qui concerne le risque d’insuffisance cardiaque.

Alternatives à la chirurgie

Pour les femmes préoccupées par ces risques, il existe plusieurs alternatives à l’ovariectomie pour des pathologies comme l’endométriose.

Les traitements hormonaux comme la pilule contraceptive et les traitements hormonaux connexes peuvent aider à gérer les symptômes en réduisant le flux menstruel et les fluctuations hormonales, « qui exacerbent souvent les douleurs liées à l’endométriose », a déclaré à Epoch Times le Dr Kecia Gaither, gynécologue-obstétricienne.

Le Dr Mary Greene, cardiologue, a déclaré à Epoch Times que l’augmentation du risque d’accélération des maladies cardiaques chez les femmes sous traitement hormonal substitutif (THS) « a été en grande partie démentie » et que le THS semble être sans danger pour de nombreuses femmes.

« Je recommande aux femmes qui suivent un traitement hormonal substitutif de consulter leur cardiologue tous les ans pour une évaluation continue des risques et une surveillance des maladies cardiovasculaires », a-t-elle déclaré.

Dans certains cas, la chirurgie laparoscopique permet d’éliminer l’endométriose sans enlever les ovaires.

Les choix de mode de vie, notamment une alimentation plus saine, davantage d’exercice physique et la gestion du stress, peuvent aider certaines femmes à gérer leurs symptômes.

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