Israël, qui reprend la lutte contre les terroristes du Hamas pour libérer les otages pris lors de l’attentat du 7 octobre 2023, accentue la pression en menaçant de saisir des terres.
C’est une tactique qui pourrait fonctionner, selon certains stratèges militaires israéliens qui estiment qu’elle a déjà pu inciter des centaines d’habitants de Gaza à risquer leur vie pour manifester comme jamais auparavant contre le Hamas.
Le 25 mars, le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, a menacé de « prendre des territoires », ce qui irait de pair avec « l’élimination des militants et des infrastructures terroristes jusqu’à la reddition complète [du Hamas] ».
Le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou a réitéré cette menace le lendemain lors d’une audition à la Knesset, le Parlement israélien.
« Plus le Hamas persiste dans son refus de libérer nos otages, plus la répression que nous exercerons sera puissante », a-t-il déclaré. « Cela inclut la saisie de territoires et d’autres choses. »
Le Hamas contrôle la bande de Gaza depuis 2006.
Selon ces stratèges, la prise et la détention de terres par les Forces de défense israéliennes (FDI) auraient des effets multiples.
Sur le plan militaire, ils suggèrent que la décision de Tsahal de ne pas tenir le territoire pendant les 15 premiers mois de la guerre, après l’attaque du Hamas du 7 octobre, a peut-être laissé le groupe terroriste plus intact qu’il ne l’aurait été autrement.
Cette fois-ci, les FDI, si elles poursuivent l’offensive, prévoient de procéder différemment.
Sur le plan politique, la menace pousse le Hamas à revenir à la table des négociations en faisant pression sur les habitants de Gaza.
Brusquement replongés dans les combats après deux mois de paix relative, ils doivent non seulement évacuer à nouveau, comme la plupart d’entre eux l’ont fait à plusieurs reprises, mais cette fois avec la sombre perspective de ne pas pouvoir rentrer chez eux, peut-être définitivement.
Une faction du cabinet de M. Netanyahou a plaidé en faveur d’une reprise de la colonisation juive à Gaza. Rares sont ceux qui pensent que cela se concrétisera un jour.
Entre-temps, le président Donald Trump a avancé l’idée de réinstaller les habitants de Gaza ailleurs – peut-être en Égypte ou en Jordanie, qui ont toutes deux déclaré publiquement qu’elles n’en voulaient pas – afin de nettoyer puis de réaménager la zone sinistrée en un centre de villégiature international.
Les Gazaouis ont exprimé leur inquiétude cette semaine lors de manifestations dans la ville de Gaza et à Beit Lahiya, près de la frontière israélienne.
Ils ont appelé à la fin de la guerre, à la libération des otages et à l’expulsion du Hamas.
Selon des analystes, la crainte d’être contraints à partir a contribué aux manifestations.
Israël veut que le Hamas reprenne les négociations, a estimé le stratège Elliot Chodoff, major de l’armée de réserve qui a rédigé les manuels tactiques de l’armée israélienne.

Israël n’a pas encore opté de manière irréversible pour une guerre terrestre, a-t-il déclaré.
L’armée a repris son offensive en menant des frappes aériennes et a intensifié ses raids terrestres le lendemain, mais elle n’a pas encore engagé la totalité de ses forces terrestres.
Les attaques aériennes et les raids terrestres peuvent être interrompus instantanément si le Hamas revient à la table des négociations, même s’il est désormais contraint d’envisager de meilleures conditions pour Israël, comme la libération d’un plus grand nombre d’otages, a expliqué M. Chodoff à Epoch Times.
Il pense qu’Israël accordera quelques semaines pour ce faire et évitera de rappeler les réservistes avant la Pâque, qui débutera dans la soirée du 12 avril.
Les réservistes et les soldats réguliers étant désormais aguerris, ils n’ont plus besoin de période d’entraînement s’ils sont appelés à reprendre du service.
Les combats ont repris après qu’Israël et le Hamas ont échoué à prolonger le cessez-le-feu, qui avait débuté le 19 janvier. Pendant six semaines, les deux parties ont échangé des otages israéliens détenus par le Hamas contre des prisonniers palestiniens, principalement ceux qui ont été condamnés par Israël et qui purgent de longues peines pour terrorisme.
Le cessez-le-feu a expiré le 1er mars et les deux parties, sous la médiation de l’envoyé spécial de la Maison-Blanche Steve Witkoff, ont tenté en vain pendant deux semaines de passer à la deuxième phase du cadre du cessez-le-feu ou de prolonger la première phase en procédant à de nouveaux échanges d’otages.
Israël a repris ses attaques aériennes le 18 mars.
Harel Chorev, chercheur principal au centre Moshe Dayan de l’université de Tel-Aviv, a souligné que la menace de perdre des terres a certainement fait pression sur le Hamas pour qu’il revienne à la table des négociations.
« Absolument, oui », a-t-il affirmé à Epoch Times. « Rien n’est plus visible et plus clair que de leur prendre leurs terres. »
Il est peu probable que les terres sécurisées par Israël servent à l’implantation de nouvelles colonies juives. Toutefois, Israël pourrait tenir le territoire à long terme s’il renouvelle le gouvernement militaire israélien, a poursuivi M. Chorev, une idée qu’il défend.
Après le retrait unilatéral d’Israël de la bande de Gaza en 2005, les Israéliens se sont opposés à l’idée de reprendre la responsabilité de ce territoire hostile.

Mais aujourd’hui, selon M. Chorev, il n’y a peut-être pas d’autre choix.
La remise directe du territoire à une nouvelle administration palestinienne ou arabe n’a que peu de chances de réussir sans une période de transition.
Les Gazaouis ont besoin de voir la vie reprendre son cours sans le Hamas, de voir la nourriture, l’électricité, les médicaments et l’ordre rétablis pour qu’il y ait un quelconque espoir de voir un gouvernement permanent du « jour d’après » s’enraciner.
MM. Chorev et Chodoff ont tous deux reconnu qu’il existait différentes interprétations des manifestations.
Selon M. Chodoff, certains membres de la droite israélienne soupçonnent le Hamas d’être à l’origine de ces événements, dans le but de s’attirer la sympathie de la communauté internationale et de faire pression pour que l’aide humanitaire reprenne.
Il ne pense pas non plus que le Hamas ait été tellement affaibli qu’il ne puisse pas envoyer quelques terroristes armés d’AK-47 pour tirer sur les manifestants.
« Ils l’ont déjà fait et personne ne s’en est soucié. »
M. Chorev n’est pas d’accord. Il estime que la reprise de la guerre par Israël a provoqué une « crise psychologique » chez les Gazaouis.
« Ils pensaient que la guerre était finie et, soudain, elle a repris », a-t-il souligné. « C’est l’une des raisons des manifestations. »
Le Hamas pensait qu’en laissant un demi-million d’entre eux rentrer chez eux dans le nord de la bande de Gaza, Israël serait dissuadé d’attaquer à nouveau.
Ces attaques montrent que le Hamas ne peut plus arrêter les forces de défense israéliennes.
Il y a un an, Israël a intercepté un télégramme du commandant de la brigade de Khan Yunis, Rafa’a Salameh, adressé au défunt chef militaire du Hamas, Yahya Sinwar, et à son frère Mohammed, a raconté M. Chorev.
M. Salameh a non seulement exprimé sa frustration face au manque de munitions, à la destruction des infrastructures et à la fatigue des combattants, mais il a également affirmé, selon M. Chorev, que « la population [les] déteste ».
« Il s’agissait d’un phénomène nouveau, la haine du Hamas », a déclaré M. Chorev.
C’est pourquoi il pense que les manifestations de cette semaine sont une véritable démonstration du mécontentement des habitants de Gaza.
Pour M. Chorev, les manifestations de Gaza sont d’autant plus remarquables qu’elles sont dirigées contre le Hamas, qui a impitoyablement réprimé toute dissidence en près de vingt ans de pouvoir.
Ils tuent ceux qui s’élèvent contre eux ou leur font subir des jambisations, a-t-il ajouté.
Les manifestations ne semblent pas non plus indiquer une volonté de coexistence avec Israël.
Selon M. Chodoff, les civils de Gaza ont participé volontairement à l’attaque du 7 octobre.
Aucun d’entre eux n’a libéré d’otages, ou a informé Israël de l’endroit où le Hamas les détenait.
Il les a comparés aux officiers allemands qui ont tenté d’assassiner Hitler en 1944.
Ils n’étaient pas antinazis, a rappelé M. Chodoff, et avaient été du côté d’Hitler lorsqu’il était en train de gagner. Ils se sont retournés contre lui parce qu’il était en train de perdre.
M. Chodoff considère les manifestants de Gaza de la même manière.
MM. Chorev et Chodoff ont estimé que la nouvelle attaque d’Israël avait déjà durement touché les dirigeants du Hamas.
M. Chodoff a expliqué que les forces de défense israéliennes visaient les dirigeants civils du Hamas, car les dirigeants militaires se cachent dans des tunnels et sont donc trop difficiles à atteindre.
En peu de temps, des attaques aériennes ont tué d’abord le Premier ministre, puis, quelques jours plus tard, son successeur, ainsi que d’autres hauts fonctionnaires.
En reprenant la guerre, les FDI ont affirmé qu’elles visaient les membres du bureau politique du Hamas.
Le 27 mars, a noté M. Chorev, les FDI ont éliminé le porte-parole du Hamas, Abdel-Latif al-Qanoua.
Il a ajouté que les tirs de roquettes du Hamas sur Israël depuis la reprise des combats – deux ou trois roquettes chacun à deux occasions différentes – semblent dérisoires par rapport aux quelque 3100 roquettes qu’il avait tirées sur Israël au cours de la seule journée du 7 octobre.
« On peut se demander comment ils peuvent encore avoir des roquettes », a relevé M. Chorev.
Selon lui, les roquettes restantes se trouvent dans les 30 % de la bande de Gaza que les forces de défense israéliennes ont largement évité au cours des 15 premiers mois de combat, car elles pensaient que de nombreux otages y étaient retenus.
Les ateliers souterrains sont donc restés intacts et le Hamas a pu continuer à produire des roquettes.
Il a précisé que les parties laissées à l’abandon englobaient la moitié de la ville de Gaza et le centre de la bande de Gaza, où se trouvent les camps de réfugiés.
Le 26 mars, faisant preuve d’une nouvelle agressivité, les FDI ont ordonné l’évacuation de certaines parties de la ville de Gaza.
D’après M. Chodoff, Israël se bat avec plus d’assurance cette fois-ci et souffre moins de l’ingérence de Washington depuis le changement d’administration.
Après le 7 octobre, l’armée ne savait pas dans quelle mesure ses troupes, dont beaucoup n’avaient pas été testées au combat, s’en sortiraient dans une guerre urbaine.
Israël ne peut pas se permettre de perdre un soldat pour chaque membre du Hamas tué, ni même un pour deux, a fait valoir M. Chodoff.
La guerre qui a suivi n’a pas conduit à ce cauchemar, a-t-il souligné. Israël a perdu 400 soldats des FDI et tué environ 20.000 combattants du Hamas, selon M. Chodoff.
Il est possible de justifier, sur le plan militaire, la stratégie de l’IDF au début de la guerre, qui était de ne pas tenir de territoire.
Si elle l’avait fait, ses soldats seraient devenus plus vulnérables face aux terroristes qui surgissent des tunnels et font des victimes régulièrement, a-t-il ajouté.
En outre, le Hamas ne disposait pas de grandes installations industrielles qu’Israël aurait pu prendre et tenir.
La confiance d’Israël s’est manifestée par la volonté des FDI d’attaquer le complexe médical Nasser à Khan Yunis le 23 mars pour éliminer Ismail Barhoum, qui n’était Premier ministre que depuis cinq jours.
Alors que les dirigeants du Hamas ont déclaré qu’il recevait un traitement, le porte-parole militaire israélien a démenti cette affirmation et a déclaré qu’il se cachait depuis des semaines et qu’il tenait des réunions avec d’autres hauts dirigeants du Hamas.
Israël avait éliminé son prédécesseur Essam al-Da’alis lors des premières attaques aériennes de la nouvelle offensive.
Bombarder un hôpital est une chose que les FDI n’auraient pas faite il y a un an, a souligné M. Chodoff, après le contrecoup, au début de la guerre, d’une frappe sur un hôpital qui s’est avérée par la suite provenir d’une roquette palestinienne ratée.
Selon M. Chodoff, la relative retenue d’Israël pourrait rapidement prendre fin si, par exemple, le Hamas commençait à tuer des otages.
M. Chodoff a cité le film « Le Parrain » pour exprimer le moment où une offensive terrestre complète pourrait commencer : lorsque et si Washington concluait « mais personne ne peut raisonner ce[s] type[s] », en se référant au groupe terroriste.
« Lorsque Don Corleone se lève et sort », a ajouté M. Chodoff, « vous savez ce que cela veut dire ».
Avec The Associated Press et Reuters
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