L’Europe veut une industrie de la défense plus importante : état des lieux et perspectives

Alors que les pays européens augmentent leurs dépenses de défense pour contrer la menace de la Russie, de la Chine et de l'Iran, les fabricants d'armes européens peuvent-ils améliorer leur jeu ?

Par Chris Summers
30 mars 2025 16:37 Mis à jour: 31 mars 2025 22:45

Les pays européens augmentent leurs dépenses de défense en réponse aux menaces croissantes de la Russie, mais aussi de la Chine et de l’Iran, alors que la crainte que les États-Unis ne retirent leur parapluie militaire du continent grandit.

L’Union européenne (UE) tient à s’assurer que l’argent supplémentaire soit dépensé en Europe même.

Le 18 mars, l’UE a dévoilé un document stratégique intitulé « Readiness 2030 »,(« Livre blanc pour une défense européenne — Préparation à l’horizon 2030 ») qui encourage les membres de l’Union des 27 nations à acheter autant d’équipements militaires que possible auprès de fournisseurs européens, plutôt qu’auprès des États-Unis ou ailleurs.

L’Association européenne des industries de l’aérospatiale, de la sécurité et de la défense, qui représente 3000 entreprises, indique que les industries combinées ont enregistré un chiffre d’affaires de 290,4 milliards d’euros (317 milliards de dollars) en 2023, soit une augmentation de 10 % d’une année sur l’autre.

Qui fabrique donc les avions, les navires et les autres équipements militaires européens, et où se situent les lacunes ?

Les avions : la bataille du ciel

La supériorité aérienne est considérée – depuis la bataille d’Angleterre en 1940 – comme essentielle pour défendre un pays contre son envahisseur, et l’épine dorsale est l’avion de chasse.

En 2025, quatre avions de combat principaux seront utilisés par les forces aériennes européennes, dont trois sont fabriqués en Europe et un aux États-Unis.

Un consortium d’entreprises britanniques, allemandes, italiennes et espagnoles fabrique ensemble l’avion de combat Eurofighter Typhoon.

Au total, 729 Typhoons ont été commandés et près de 600 sont utilisés par les forces aériennes allemandes, autrichiennes, espagnoles, italiennes, britanniques, saoudiennes, omanaises et qatariennes.

La plupart des Typhoons, comme ceux de la Royal Air Force britannique, sont équipés d’un canon Mauser de 27 mm, de missiles air-air ASRAAM, Meteor et AIM-120 AMRAAM, de bombes à guidage de précision Paveway II et Paveway IV, et de missiles air-sol Storm Shadow et Brimstone.

Les trois plus grandes entreprises du consortium Eurofighter sont Airbus, BAE Systems et Leonardo.

L’entreprise italienne Leonardo assemble également des chasseurs F-35 Lightning II fabriqués aux États-Unis pour les marines italienne et néerlandaise.

Le F-35 Lightning II, conçu et construit par le géant américain Lockheed Martin, est également le pilier des forces aériennes belges, danoises, finlandaises, norvégiennes, polonaises et suisses.

Les Français ont refusé le projet Eurofighter et leur armée de l’air est principalement équipée du Rafale de Dassault.

En août de l’année dernière, Dassault a annoncé la signature d’un contrat portant sur la vente de 12 Rafale à la Serbie.

Le Rafale est également utilisé par les forces aériennes grecques, égyptiennes, indiennes et croates, et l’Indonésie a également décidé d’acheter plusieurs de ces avions.

La société suédoise Saab produit l’avion de combat Gripen, utilisé par les forces aériennes brésiliennes, hongroises, sud-africaines, thaïlandaises, tchèques et suédoises.

Par le passé, de nombreuses forces aériennes d’Europe de l’Est ont utilisé des avions de combat MIG de l’ère soviétique, mais le dernier d’entre eux a été retiré du service par la Croatie en décembre 2024.

Navires, sous-marins : le vent tourne

De nombreux pays européens sont fiers de leur passé dans la construction navale, en particulier la Grande-Bretagne et l’Allemagne qui, entre 1906 et 1914, se sont livrées à une célèbre compétition pour déterminer qui construirait le plus grand nombre de navires de guerre.

En juin 1916, plusieurs de ces cuirassés se sont affrontés lors de la bataille du Jutland, pendant la Première Guerre mondiale.

L’une des plus grandes entreprises de construction navale en Europe est British Aerospace Systems (BAE), qui fabrique tout, des porte-avions aux sous-marins.

BAE a été créée en 1999 lorsque British Aerospace, fabricant d’avions, de munitions et de systèmes navals, a racheté sa rivale Marconi Electronic Systems, filiale de General Electric Company (GEC) spécialisée dans l’électronique de défense et la construction navale.

Le plus grand constructeur allemand de navires militaires est Naval Vessels Lürssen – qui possède des chantiers à Hambourg, Wilhelmshaven et Wolgast – constructeur de frégates, corvettes, navires de patrouille en mer et de patrouilleurs rapides.

Le principal constructeur français de navires militaires est Naval Group, détenu en partie par l’État français et en partie par la société Thales. Il possède des chantiers navals à Brest, Lorient et Toulon.

Naval Group, dont les origines remontent au XVIIe siècle, a construit en 2019 le porte-avions Charles de Gaulle et le Suffren, premier sous-marin nucléaire de classe Barracuda de la marine française.

Une autre entreprise française, Safran, fournit des technologies de navigation pour les sous-marins nucléaires, qui doivent opérer sous l’eau dans un environnement où ils ne peuvent pas utiliser les satellites de positionnement global.

Navantia, le constructeur naval public espagnol, possède des chantiers à El Ferrol et à La Corogne, tous deux situés en Galice.

L’équipage attend le ministre français de la Défense, Sébastien Lecornu, à bord du porte-avions Charles de Gaulle à Lembar, Lombok, en Indonésie, le 1er février 2025. (Sonny Tumbelaka/AFP via Getty Images)

L’entreprise italienne de défense Fincantieri est fortement impliquée dans la construction de navires et de systèmes sous-marins. Elle est basée à Gênes, Ancône et Marghera, près de Venise.

Elle a construit le porte-avions Cavour pour la marine italienne en 2008 et a également construit des sous-marins pour les marines italienne et allemande, ainsi qu’une série d’autres navires de guerre, dont deux navires d’attaque rapide FCX07 pour la marine des Émirats arabes unis.

Artillerie : plus d’argent pour l’Europe

Depuis que la guerre en Ukraine a commencé en février 2022 et que les pays européens ont commencé à fournir des armes à Kiev, la production d’artillerie et de munitions a bondi sur tout le continent.

The Economist a rapporté le 20 mars que les deux plus grands fabricants européens de poudre à canon, Chemring Nobel (Norvège) et Eurenco (France), ont doublé leur capacité depuis 2022.

L’Europe compte plusieurs grands producteurs d’artillerie et de munitions.

Après avoir racheté la société d’artillerie suédoise Bofors, BAE produit des canons navals, comme le Bofors 40 Mk4 et le 57 mm Mk110, qui équipe le National Security Cutter des garde-côtes américains.

La société produit également une gamme de munitions, allant des balles pour armes légères aux obus d’artillerie de 105 mm.

Nammo, qui est détenue à parts égales par le gouvernement norvégien et la société finlandaise Patria Oyj, affirme sur son site web qu’elle est « l’un des principaux fournisseurs mondiaux de munitions spéciales, d’armes à feu d’épaule et de moteurs de fusée ».

L’entreprise allemande Rheinmetall produit des armes et des munitions de gros et moyen calibre, ainsi que des systèmes de propulsion, et indique sur son site web : « Rheinmetall a jeté les bases d’un futur système d’arme laser de 100 kW, démontrant ainsi sa faisabilité fondamentale. »

Les chars d’assaut : l’arme d’hier ?

Ces dernières années, on a avancé l’argument selon lequel les drones avaient rendu les chars d’assaut obsolètes.

La victoire de l’Azerbaïdjan sur les forces arméniennes dans le Haut-Karabakh en 2023, assistée par des drones, et la vulnérabilité des chars russes et ukrainiens dans le conflit en cours, ont été utilisées pour étayer cet argument.

Les chars, qui coûtent des millions d’euros, peuvent être détruits par des drones, qui ne coûtent que quelques centaines de dollars.

Mais les forces armées européennes continuent d’investir dans les chars d’assaut, et des efforts sont faits pour les améliorer et les adapter à l’ère des drones.

BAE, qui fabrique des chars tels que le CV90 IFV suédois, a inventé le système ADAPTIV, qui rendrait les chars « invisibles aux infrarouges et à d’autres technologies de surveillance ».

L’entreprise indique sur son site web qu’ADAPTIV comporte des « pixels hexagonaux légers qui sont alimentés électriquement par les systèmes du véhicule ».

L’entreprise estonienne Milrem est pionnière dans la conception de chars d’assaut robotisés et sans pilote.

Elle fabrique le système terrestre modulaire intégré sans pilote (iMUGS), les systèmes terrestres sans pilote de combat (CUGS) – des chars miniatures qui peuvent soutenir l’infanterie – et le véhicule de combat robotisé de type-X.

Lors du salon DSEI (Defence and Security Equipment International) qui s’est tenu à Londres en septembre 2025, Milrem a signé un protocole d’accord avec l’entreprise suédoise Clavister pour « développer et collaborer sur la cybersécurité alimentée par l’IA pour les véhicules militaires sans pilote ».

Mais il faudra peut-être attendre plusieurs années avant qu’un grand char sans pilote doté d’un canon lourd soit prêt pour le champ de bataille.

Un char robotisé, conçu par la société estonienne Milrem Robotics, est exposé au salon DSEI à Londres, le 12 septembre 2023. (Chris Summers/Epoch Times)

Les piliers des corps blindés de la plupart des armées européennes sont le Leopard 2 allemand, le Leclerc XLR français et le Challenger 2 britannique, bien que la Pologne ait récemment pris livraison du premier des 250 chars M1A2 Abrams fabriqués par les États-Unis.

Le char Leopard 2 est fabriqué par KNDS (anciennement Krauss-Maffei Wegmann), avec un soutien important de Rheinmetall, tandis que KNDS France (anciennement Nexter Systems) fabrique le Leclerc XLR.

Sur son site Internet, KNDS France indique que le Leclerc XLR modernisé sera doté d’un système de brouillage anti-EEI (Engins explosifs improvisés, ndlr), d’une protection anti-RPG [grenade propulsée par fusée] à 360 degrés et d’une protection contre les mines.

Le Challenger 2 sera bientôt remplacé par le Challenger 3, une entreprise commune entre BAE et Rheinmetall.

Drones : course à la production à grande échelle

Le conflit ukrainien a montré à quel point les drones peuvent être meurtriers, non seulement sur le champ de bataille lui-même, mais aussi loin des lignes de front.

La Russie a utilisé des drones, ainsi que des missiles, pour attaquer l’infrastructure énergétique de l’Ukraine et des cibles civiles à Kiev et dans d’autres villes, tandis que l’Ukraine a pris pour cible des villes aussi éloignées que Moscou, ainsi que des aérodromes et des navires.

Les véhicules aériens sans pilote (UAV) sont utilisés depuis deux ou trois décennies, mais la technologie utilisée a progressé à pas de géant au cours des cinq dernières années.

Lorsque l’Azerbaïdjan a vaincu l’Arménie dans le conflit du Haut-Karabakh en 2020, puis en 2023, l’un des facteurs clés fut l’utilisation par Bakou de centaines de drones Bayraktar TB2 fabriqués en Turquie.

Dans un article paru en décembre 2023 dans le magazine de la RAF, le capitaine d’aviation britannique Chris Whelan a écrit que d’autres nations cherchaient à imiter le succès de l’Azerbaïdjan. Selon lui, les drones deviendront « probablement un élément permanent du champ de bataille du futur ».

Baykar, la société qui fabrique le Bayraktar TB2, est basée à Esenyurt, près d’Istanbul. Elle envisage d’ouvrir une filiale au Maroc, selon le site d’information marocain Le360.

L’année dernière, elle a également annoncé son intention de construire une usine près de Kiev qui emploierait 500 personnes et fabriquerait les drones Bayraktar TB2 ou TB3 pour l’armée ukrainienne.

L’Ukraine a déjà fabriqué plus d’un million de drones FPV (First Person View).

Équipés de caméras et de systèmes de cartographie et contrôlés par une console à distance, ils permettent à leurs opérateurs de les piloter – comme dans un jeu vidéo – directement vers la cible, ce qui les rend beaucoup plus précis que les missiles et l’artillerie, selon une analyse de l’agence Reuters.

Les grandes entreprises de défense européennes s’efforcent aujourd’hui frénétiquement d’augmenter leur production de drones et de rattraper les fabricants turcs et israéliens.

Safran, née en 2005 de la fusion du motoriste français SNECMA et de la société d’électronique de défense SAGEM, a développé le Patroller, un drone tactique à longue endurance, utilisé par l’armée française.

BAE fabrique également des drones sous-marins, comme le Herne XLAUV.

Airbus travaille également sur plusieurs drones, dont l’Eurodrone – qui aura une charge utile, hors carburant, de 2,3 tonnes et une durée de vol maximale de 40 heures – et le SIRTAP, un drone de surveillance et de renseignement maritime qui peut voler jusqu’à 20.000 pieds (6000 m) et fournir un œil dans le ciel de jour comme de nuit.

Le 26 mars, Airbus aurait dévoilé un nouveau drone, baptisé LOAD (Low-cost Air Defense).

Airbus, dans un communiqué cité par la revue de défense Janes, a déclaré : « Chaque drone LOAD peut éliminer jusqu’à trois drones kamikazes avec ses missiles guidés, ils sont particulièrement adaptés à une défense rentable contre les grands essaims de drones, qui peuvent saturer et poser des problèmes même pour les systèmes complexes de défense aérienne basés au sol. »

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