Pékin ne sait pas quelle attitude adopter face à son secteur privé

Par Lynn Xu et Xin Ning
25 mars 2025 10:33 Mis à jour: 25 mars 2025 22:20

Le rassemblement législatif annuel du Parti communiste chinois s’est achevé le 11 mars sans l’adoption de la loi relative à l’économie privée.

Selon les experts, c’est le signe que Pékin ne sait pas quelle attitude adopter face au secteur privé du pays. Les autorités reconnaissent que ces entreprises contribuent de manière significative à l’économie en générant des emplois, des recettes fiscales et de l’innovation. Pourtant, l’idéologie communiste reste foncièrement incompatible avec l’idée de propriété privée.

Les réunions ont abordé la question de l’économie chinoise, stagnante depuis la fin de l’année 2022, depuis que Xi Jinping a annulé la politique « zéro-Covid ». Fin 2022, le Parti communiste chinois (PCC) a lancé toute une série de plans de relance pour un montant d’environ 10.000 milliards de yuans (1,2 billion d’euros), mais la reprise économique reste timide.

Le 9 mars, la Chine a publié son indice des prix à la consommation (IPC) de février, indicateur clé de l’inflation, ainsi que l’indice des prix à la production (IPP), qui mesure les prix à la sortie des usines. Les prix de gros ont chuté pendant 29 mois consécutifs depuis octobre 2022. L’IPC a baissé de 0,7 % sur un an, marquant sa première contraction depuis janvier 2024. Ces chiffres révèlent un risque réel de déflation, incitant les consommateurs à différer leurs dépenses dans l’espoir de prix encore plus bas.

L’un des thèmes centraux de ces réunions était donc la stimulation de la consommation, un domaine où le secteur privé joue un rôle essentiel.

Selon les dernières données officielles disponibles, en 2023, les entreprises privées représentaient environ la moitié des exportations, plus de la moitié des recettes fiscales du gouvernement, plus de 60 % du produit intérieur brut (PIB), plus de 70 % de l’innovation, plus de 80 % des emplois urbains et plus de 90 % du nombre total d’entreprises.

Lors de l’ouverture de la conférence le 5 mars, le Premier ministre chinois Li Qiang a souligné l’importance de créer un environnement de marché équitable et compétitif pour permettre à la fois aux entreprises publiques et privées de prospérer.

Le projet de loi sur la promotion de l’économie privée a été mis en avant par les autorités. Pourtant, cette législation historique, première loi fondamentale spécifiquement axée sur le développement de l’économie privée, n’a pas été adoptée lors des « deux sessions », contrairement aux attentes.

Depuis le début de son élaboration en février de l’année dernière, de nombreux médias d’État ont intensément promu ce projet de loi, qu’ils ont présenté comme un signal politique de soutien du PCC à l’économie privée, le présentant comme une « pilule rassurante » assurant une protection juridique des droits des entreprises privées.

Il y a quelques jours, plusieurs organes de propagande ont publié un article titré : « Xi Jinping : ‘J’ai toujours soutenu les entreprises privées.' »

Ce ton tranche avec l’année 2022, lorsque les mêmes journaux rapportaient les directives du leader chinois : le capital ne doit pas « agir sans retenue » et le Parti doit éliminer la propriété privée.

C’était la ligne adoptée pendant la répression réglementaire de trois ans visant les industries privées entre fin 2020 et juillet 2023.

Le moment décisif fut l’annulation de l’introduction en bourse du groupe Ant de Jack Ma en novembre 2020. Les entreprises privées de la fintech, du commerce électronique, du soutien scolaire et de l’immobilier furent soumises à un examen rigoureux et eurent moins accès aux capitaux que les entreprises publiques. Le PCC a également exigé des « actions en or » avec des droits de vote spéciaux, des sièges au conseil d’administration et des comités du Parti dans les entreprises privées pour renforcer son contrôle.

Ce climat a ébranlé la confiance des entrepreneurs, perçu comme un signal de recul du secteur privé au profit de l’État.

Aujourd’hui, Xi Jinping semble avoir changé son fusil d’épaule. Le mois dernier, il a tenu une rare réunion avec les grands patrons chinois, dont Jack Ma.

Le commentateur politique Tang Jingyuan estime que le PCC ne sait pas comment gérer l’industrie privée du pays. Il parle d’une « compromission temporaire » après l’échec de plusieurs mesures de relance.

« Xi Jinping n’a d’autre choix que de reconnaître le rôle des entrepreneurs et relâcher quelque peu son contrôle en raison du marasme économique qui touche le pays », a-t-il déclaré. « Cependant, le véritable problème économique de la Chine réside dans son idéologie et le système communistes, fondamentalement opposés à la propriété privée et aux marchés libres. »

Selon lui, Xi Jinping continuera de donner la priorité aux entreprises publiques, car il a besoin de champions nationaux pour réaliser sa politique industrielle ambitieuse visant à dominer le marché mondial et à avancer vers un ordre mondial sous l’égide du PCC.

L’économiste américain Davy J. Wong a déclaré à Epoch Times que la Chine s’enlise dans une solution autodestructrice : soumettre les entreprises privées et accorder toujours plus de privilèges aux entreprises publiques.

Le PCC hésite entre son besoin de développement économique et son contrôle politique, dit-il.

Les produits du secteur privé accèdent au rang de vedettes

Ces réunions annuelles sont des événements clés pour le PCC et permettent d’établir des politiques économiques et d’en faire la communication auprès du public chinois. Elles sont également connues sous le nom de « deux sessions », car les membres de deux organes politiques se réunissent simultanément : l’une est le Parlement – qui n’a que peu de pouvoir – et l’autre est un organe consultatif composé d’hommes d’affaires et de personnalités importantes.

Cette année, pour promouvoir ce que la presse chinoise a appelé une « économie privée dynamique », plusieurs produits issus d’entreprises privées ont été mis sur le devant de la scène.

Parmi elles, DeepSeek, le chatbot chinois d’intelligence artificielle (IA) a fait parler de lui en janvier en proposant une alternative moins coûteuse aux produits américains. On y trouve également le film « Ne Zha 2 », qui a généré plus de 2 milliards de dollars au box-office et s’est classé sixième film le plus rentable de l’année.

Le régime a utilisé ces deux produits pour alimenter le sentiment nationaliste du pays. Tous deux portent l’empreinte du PCC. DeepSeek pratique l’autocensure et reste conforme à la ligne du Parti, et le film fait l’éloge indirecte des agressions typiques du PCC, selon Frank Xie, professeur de commerce et de marketing à l’Université de South Carolina–Aiken.

Ne Zha est une figure mythologique bien connue du folklore chinois. Il est célèbre pour ses pouvoirs magiques et son courage à défier l’autorité. Pourtant, le film encourage la violence que les communistes souhaitent réveiller parmi la population.

Le principal producteur, Chengdu Kekedou Animation Film and Television, bénéficie depuis longtemps du soutien de l’État chinois.

Bien que DeepSeek ne semble pas avoir bénéficié de financements publics, Pékin pousse les gouvernements locaux à adopter ce modèle d’IA.

À Shenzhen, une ville frontalière de Hong Kong, plus de 70 robots dotés d’IA gèrent déjà des centaines de services administratifs tels que les déclarations fiscales et les renouvellements de licences. Les hôpitaux des provinces du Sichuan et du Guangdong ont déployé des consultations médicales via IA.

Étant donné la valeur stratégique de certaines entreprises privées, l’engagement de Pékin à soutenir le secteur privé est intrinsèquement sélectif, aligné sur ses intérêts fondamentaux plutôt que sur le bénéfice d’un groupe plus large de petites et moyennes entreprises, a déclaré Sun Kuo-Hsiang, professeur associé des affaires internationales et du commerce à l’Université Nanhua à Taïwan.

Selon lui, le PCC utilise ces entreprises privées pour atteindre plusieurs objectifs stratégiques, comme le progrès technologique, l’exportation idéologique et le renforcement de son pouvoir discursif sur la scène mondiale.

À long terme, il prévient que l’indépendance de ces entreprises privées risque de diminuer à mesure que le PCC resserre son contrôle.

« Beaucoup pourraient devenir semi-publiques», a-t-il déclaré à Epoch Times.

Sean Tseng a contribué à la rédaction de cet article.

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